Gérard Adam : Préface aux livre de poésie « Douleur, Rhapsodie tsigane » de Tomislav Dretar

Publié le par Thomas Dretart

Gérard Adam : Préface aux livre de poésie « Douleur, Rhapsodie tsigane » de Tomislav Dretar

 

   DSCI0226 Jadran 2010 119

    Gérard Adam                           Tomislav Dretar            

     

 

 

Tomislav Dretar

 

 

 

 

 

 

RHAPSODIE TSIGANE

 

BOL,

 

CIGANSKA RAPSODIJA

 

Poèmes - Pjesme

 

Traduit du croate par Gérard Adam

 

avec l’assistance de Tomislav Dretar

  

Éditions Chloé des Lys

 

Du même auteur.

 

 

Vox Interioris, poèmes, Sarajevo, 1976


Drska Perunika, poèmes, Banja Luka, 1980


Nedostupna staza, poèmes, Bihać, 1984


Protjecanja, poèmes, Bihać, 1984


Sorella della notte, Naples, 1984


Knjiga čežnje, Bihać, 1986


Slika, unutarnja rukovet, Belgrade, 1988


Gorka smra, Bihać, 1989


Potraga za rubom, poèmes, Kikinda, 1989


Bol, ciganska rapsodija, Novi Sad, 1990


L’image, florilège des lumières, Paris, 2001.


Foyer de Paroles,poèmes, manuscrit.com, 2007.

 

Qux portes de l'Inqccessible, MEO Editionsm Bruxelles, 2009

 

Tomislav Dretar a également traduit du français en croate

  

la Bible (version oecuménique), le Coran, ainsi que des

 

nouvelles, récits, poèmes et textes divers de Jacques Attali,

  

Paul Celan, William Cliff, Xavier Deutsch, François

 

Emmanuel, Michel lambert, Marc Quaghebeur et Monique

  

Thomassettie.

 

Il a collaboré à la traduction du croate


ou du bosniaque en

français de poèmes et nouvelles d’Admiral Mahić


et Dražen Katunarić.

Illustration de couverture :

Chevaux, tableau de Monique Thomassettie

(écrivain et peintre), 1990.

Préface

Ces poèmes ont une histoire.

Comme toute oeuvre, ils sont le point de rencontre

entre la sensibilité d’un artiste, les circonstances

de sa vie, les événements au sein de la société

qui l’entoure.

Ils sont aussi porteurs d’universalité.

Au début des années 70, Tomislav Dretar

s’installe à Bihać, à l’ouest de la Bosnie-

Herzégovine, république de la Yougoslavie. Fraîchement


diplômé des universités de Rijeka et de Sarajevo, il va y

enseigner la philosophie et la méthodologie (marxistes,


 comme il se doit). Le quartier où il vit jouxte celui des

Rroms ( ainsi que se nomment eux-mêmes les Tsiganes)


et il devient l’ami de plusieurs d’entre eux.

C’est en Yougoslavie une époque d’intérêt sociologiqu


marqué pour les groupes marginaux et d’intérêt politique pour

les minorités nationales, au premier rang desquel(le)s


figurent les Rroms. Dretar profite de ses contacts pour

accumuler des notes en vue de publications scientifiques.


Mais il est également poète, et se sent de plus en plus

fasciné par ces gens qu’il côtoie quotidien-nement,


leur histoire, leur culture, leur mode de vie, leur musique,

leur soif de liberté. Il est intrigué


par l’étonnant mélange de mépri et de fascination


réciproque dont font preuve

lesgarçons et les filles slaves et rroms,


qui s’observent sans s’approcher.

La Yougoslavie, au carrefour de l’Est et


de l’Ouest, est pénétrée avec un peu de latence


par les engouements

occidentaux. La vague hippie des sixties déferle


ces années-là, apportant sa fascination pour les philosophies

orientales et l’Inde en particulier, berceau des Tsiganes.

En peu de temps, ces poèmes voient le jour.

Ils vont dormir vingt ans dans leurs cahiers.

Tomislav Dretar est devenu entre-temps un poète reconnu et primé.


Il joue un rôle important dans la culture de sa

ville aussi bien que de la République de Bosnie-Herzégovine


et a fondé une maison d’éditions pour mettre son

patrimoine en valeur. Il a organisé en 1982, à Bihać,


la première soirée littéraire consacrée


à la poésie moderne tsigane, où a été présenté


le grand poète rrom Rajko

Djurić et le dramaturge Jovan Nikolić.

En 1988, le triomphe mondial du « Temps des

Gitans », d’Emir Kusturica, met en lumière les Tsiganes

yougoslaves.

À la même époque, le grand intellectuel rrom

Trifun Dimić, anthropologue, philologue, rromologue,


publie la première traduction en rrom de la Bible.

Tomislav Dretar, formé dans la pensée marxiste,


possède une Bible vieille de trois siècles,


qu’il n’a jamais

ouverte. L’événement l’incite à le faire.


Il tombe sur Mystère d'au-de-là et est ébloui.


Se souvenant de ses anciens

poèmes, il les envoie en hommage à Trifun

Dimić. Quelques jours plus tard, celui-ci l’invite.


Il veut les traduire lui-même.

Ils sont plus tsiganes que tous

les livres des poètes tsiganes de chez nous,


ils sont essentiels pour faire sentir ce qu’est la notion rrom de

liberté.

 
Ils seront publiés dans une édition bilingue rrom-croatepar


l’association que préside Trifun Dimić, vouée


à la littérature rrom, Društvo Vojvodine za jezik


kniževnost i kulturu Rroma1. L’accueil est excellent et

Tomislav Dretar deviendra le premier nonrrom à être repris dans


une anthologie internationale à Budapest et une

deuxième édition  à Lausanne en une édition trilingue soutenue par


la CEE des poètes tsiganes.

Quelques mois plus tard, la guerre balaiera laculture, les repères,


et tant de vies. Le poète hébergera chez lui des

Rroms catholiques, chassés par les Serbes de la Lika, en Croatie.


Puis il se fera homme de guerre, fondant et

organisant la brigade croate de Bihać intégrée dans l’armée

bosnienne,


ainsi qu’une ébauche de force aérienne avec deux vieux coucous.

Menacé de mort par les ultranationalistes croates


pour avoir refusé la partition de la Bosnie-

 

Herzégovine, il obtiendra l’asile politique en Belgique1


au terme d’une fuite rocambolesque.

Quant aux Rroms balkaniques, privés de la tutelle


d’un État socialiste, ils verront leur situation


se dégrader

considérablement et nombre d’entre eux reprendront


leur errance par les routes d’Europe.

 

2

On chercherait en vain dans les vers de Tomislav

Dretar le folklorisme usuel à ce genre de thème.

Certes, ils sont consacrés à l’air et au vent, au feu

dont le foyer est symbole, au lieu mouvant de la vie

qu’est le chemin — ou à l’absence de lieu —, à la

joie et la douleur mêlées dans leur intimité, au rêve,

à la liberté, à l’amour. Mais ils s’ouvrent avec le rejet

historique des Tsiganes par nos sociétés


(une grande corbeille de douleur)
et n’élude ni les persécutions

(qu’à Jasenovac on m’ait cloué sur une

croix) ni le sordide (ramasseur de matières secondaires).

Ils témoignent de cette charge poétique dont le

Tsigane, sans l’avoir demandé, est porteur dans notre

imaginaire, et qui est aussi un constituant essentiel

de sa propre vie, de sa propre culture, à la fois

parce qu’il le veut ainsi et parce que le rejet que

nous lui opposons ne lui laisse pas d’alternative.

1

Sa famille ne pourra le rejoindre que deux ans plus tard.

Entre-temps, il aura été sans nouvelles des siens. Il est aujourd’hui

naturalisé belge.

2

Amnesty International, « Rroms en Bosnie, Croatie et

Slovénie : la discrimination commence à l’école primaire

», 16 novembre 2006, article repris par le Courrier

des Balkans.

Dédiés aux Tsiganes, ils n’en expriment pas

moins l’aspiration à la liberté qui est en chacun de

nous, sans éluder la douleur qui l’accompagne

comme son double.

N’est-ce pas le sens de toute poésie ?

Gérard Adam 1

1

Gérard Adam est écrivain. Il a publié une dizaine de romans

et recueils de nouvelles (dont : l’Arbre blanc dans la

Forêt noire, Bruxelles, La Longue-Vue, 1988, et Labor,

2004, prix NCR-AT&T). En tant que médecin militaire, il

a participé à la Force de Protection des Nations-Unies en

Bosnie en 1994. Cette expérience lui a inspiré un récit (la

Chronique de Šantići) et un recueil de nouvelles (La Route

est claire sur la Bosnie), tous deux parus aux éditions

Luce Wilquin, Avin, 1995. Il est également le cotraducteur,

avec Spomenka Džumhur, du poète Marjan

Gruban (« L’amour, les Pommes ») et de la nouvelliste et

romancière Alma Lazarevska (« La Mort au Musée d’Art

moderne ») ainsi que du recueil « Foyer de Paroles », de

Tomislav Dretar, en collaboration avec l’auteur.

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PRED OVIM PJESMAMA

Protiv Cigana prvi zakon objavljen je :

1471. god. u Lucernu;

1482. god. u Brandenburgu;

1484. god. u Španjolskoj;

1498. god. u Njemačkoj;

1526. god. u Portugaliji;

1530. god. u Engleskoj;

1536. god. u Danskoj;

1549. god. u Francuskoj;

1540. god. u Flandriji;

1541. god. u Škotskoj;

1549. god. u Češkoj; ,

1557. god. u Poljskoj;

1637. god. u Švedskoj; ...

Moguće je napraviti vječiti kalendar pogibije.

Popudbina tog stoljetnog puta može u jednu jedinu

riječ stati, u veliku košaru boli da se na dugom

putu ne oskudijeva.

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PRÉLUDE AUX POÈMES

Contre les Tsiganes les premières lois furent édictées

en 1471 à Lucerne ;

en 1482 en Brandebourg ;

en 1484 en Espagne ;

en 1498 en Allemagne ;

en 1524 aux Pays-Bas ;

en 1526 au Portugal ;

en 1530 en Angleterre ;

en 1536 au Danemark ;

en 1539 en France ;

en 1540 en Flandre ;

en 1541 en Ecosse ;

en 1549 en Tchéquie ;

en 1557 en Pologne ;

en 1637 en Suède…

On peut dresser l'éternel calendrier du désastre.

Le viatique de ce chemin séculaire tient en un seul et

unique vocable, une grande corbeille de douleur

pour que rien ne fasse défaut tout au long du

long chemin.
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A pamćenje čemu služi? Zar zlu da se ne ponovi?

Ili, možda, dobru da se Ostvari.

Zakoni zabranjivaše Ciganima ljudskost,

i osloba đahu civilizirane narode teškog bremena grijeha

Kalendar pokazuje put narastanja jedne ideje pravde.

Vjerojatno je postojala i druga ideja, druga pravda

Ona što i danas luta i jauče.

13

Mais à quoi sert la mémoire ? À ce que le mal ne revienne

plus ?

Ou peut-être que le bien se réalise ?

Les lois déniaient aux Tsiganes l'humanité,

libérant les nations civilisées du lourd fardeau du

péché

Le calendrier révèle comment peut croître une idée

de la justice.

Sans doute existait-il une autre idée, une Autre Justice

Celle qui aujourd'hui encore erre et crie.

 

***

Tvoja kuća lijepa je

Tvoja kuća puna je

Moja kuća lijepa je

Moja kuća puna je

Druže

Naše kuće ništa

Baš ništa pomjeriti neće

Naše kuće čvrsto

Na svom mjestu stoje

Našim kućama krov je nebo golo

Našim kućama tlom je sag zemaljski

Našim kućama ognjištem je sunce

Naša kuća jedno okno ima

Druže

Našu kuću nitko srušiti neće.

15

***

Ô belle est ta maison

Pleine, ta maison

Et belle est ma maison

Pleine ma maison

Compagnon

Nos maisons rien

Non rien ne peut les mesurer

Nos maisons se dressent

À jamais à leur place

De nos maisons le ciel pur est le toit

De nos maisons le tapis des prairies est le sol

De nos maisons le soleil est le foyer

Notre maison n'a qu'une fenêtre

De notre maison l'hiver est le mur

Compagnon

Notre maison nul ne pourra la détruire
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CIGANSKI GLAGOLI

Pjevaj, pjevaj Ciganko !

Sedefom se tvoja rana odijeva.

Gataj, gataj Ciganko !

drugima put u sreću.

Sebi još jednu ranu otvori.

Lutaj, lutaj Ciganko!

Uzmi svjetlo za ruku!

Uzmi tamu posestrimu!

Iza svjetla,

Iza tame tvoj je bliski dom.

Prosi, prosi Ciganko!

Otrpi svoj dar!

Ljubi, ljubi Ciganko!

Otvorenih očiju podari oganj!

Plači, plači Ciganko!

čista suza u osvit,

gorka basma u sumrak.

Praštaj, praštaj Ciganko!
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VERBES TSIGANES

Chante, chante, ô femme tsigane !

Que ta blessure s'habille de nacre.

Prédis, prédis, ô Tsigane!

Aux autres la voie du coeur

Et qu'en toi s'ouvre une autre blessure.

Erre, erre, ô Tsigane!

Prends la lumière par la main!

Prends les ténèbres intimes!

Par-delà la lumière,

Au-delà des ténèbres tu pressens ton foyer.

Mendie, mendie, ô Tsigane!

Endure ton aumône!

Aime, aime, ô Tsigane!

Les yeux ouverts offre ta flamme!

Pleure, pleure, ô Tsigane!

De pures larmes à l'aurore,

D'amères incantations au crépuscule.

Pardonne, pardonne sans fin, ô Tsigane!

 

***

Zapalit ćemo vatre,

tamu treba razgonit,

odasvud, tamu iz srca,

iz dubine odagnat treba.

Oko vatara splesti ruke.

Oko vatara.

Zapalit ćemo tri stotine vatara.

Zapalit ćemo tri tisuće vatara.

Zapalit ćemo vatru za svaku čergu.

Da vatra svako srce ogrije.

Da vatra muku moju otopi.

Lica naša cigansku svjetlost,

iza tame, u vatrama isijavat da stanu.

Plamen onaj davni da licem sjati stane.

Plamen onaj s početka patnje,

Plamenčergin Ciganinu prag.


***

Nous allumerons des feux,

Il faut dissiper les ténèbres,

Ténèbres de partout, du coeur,

Du tréfonds, il faut les dissiper à jamais.

Autour du feu se prendre la main.

Autour du feu.

Nous allumerons trois cents feux.

Nous allumerons trois mille feux.

Nous allumerons un feu pour chaque foyer.

Que le feu réchauffe tous les coeurs.

Que le feu dégèle ma peine.

Qu'extrait des ténèbres par le feu

Notre visage rayonne la lumière tsigane.

Que cette flamme antique sur ton visage enfin resplendisse.

Cette flamme des origines du martyre,

Flamme de ton foyer, Tsigane, elle est ton seuil.

 

***

Toplu si mi postelju pripremila

majko najbrižnija od svih majki

Toplu postelju prostrla si mi

toplu postelju od Aljaske do Bengala

Toplu postelju od najmekšeg perja
da utonem u san da utonem u san

Da sanjam da sanjam da sanjam

da sve ovo bude samo običan san

Da su mi u Rumunjskoj noge lomili

Da su me u Njemačkoj kao zvijer odstrijelili

Da sam bio u Jasenovcu na križprikovan

Da sam bio u Trstu na tržnici prodan

Toplu si mi postelju pripravila

da utonem u san da utonem u san

Da sanjam da sanjam da sanjam

da sve ovo bude samo običan san

 

***

Une couche douillette m'as préparée

Toi la plus attentionnée des mères

Une couche douillette m'as étendue

Couche douillette de l'Alaska jusqu'au Bengale

Couche faite des plus douces plumes

Que je plonge au tréfonds du sommeil au tréfonds

du sommeil

Que je rêve rêve rêve

Que tout cela ne soit qu'un simple rêve

Qu'en Roumanie on m'ait brisé les jambes

Qu'en Allemagne on m'ait chassé comme une bête

fauve

Qu'à Jasenovac on m'ait cloué sur une croix

Qu'à Trieste on m'ait vendu sur le marché

Une couche douillette m'as préparée

Que je plonge au tréfonds du sommeil au tréfonds

du sommeil

Que je rêve rêve rêve

Que tout cela ne soit qu'un simple rêve
*****************************

A vrijeme se svejedno rasipa...

Gospođe, krpim lonce, kalajišem šerpe,

oštrim makaze, oštrim noževe ! Sve oštrim,

sve krpim! Krpim gospođe !

Skupljam stare stvari vaše, gospođe!

Krpe, haljine, Gospođe! Kapute, pantalone!

Gospođe, sve što ne trebate, dajte ! Dajte!

Dajte gospođe ! Meni treba, treba, gospođe!

Visoko gore na nebu jedan je

kalajisani pladanj noću.

Pretovarena trpeza zvijezda

blista i miriše. Ne uznemirava

moj naježeni trbuh, moj šuplji,

moj nekalajisani, nezakrpani lonac.

***************

Et le temps se répand malgré tout.

Mesdames, je rebouche les casseroles, rétame les

chaudrons.

J'affûte les scies, j'affûte les couteaux ! Tout, j'affûte!

Tout je rebouche ! Je bouche ô Dames!

Je recueille vos vieilleries, Mesdames!

Haillons, vieilles robes, Mesdames!
Vestes et pantalons!

Mesdames, tout ce dont vous n'avez pas besoin,

donnez! Donnez!

Donnez, Mesdames! J'en ai besoin, besoin, Mesdames!

Tout là-haut dans le ciel il est

Un plateau rétamé la nuit.

Une table croulant sous les étoiles

Brillantes et odorantes. Elles ne harcèlent pas

Mon ventre à vif, ma casserole percée,

Non bouchée, non rétamée.
******************************

Čujte me gospođe, čujte što mogu

i što hoću učiniti za vas, gospođe.

Čim sunčev jezik lizne zemlju .

Ja sam vam na raspolaganju.

0,čujte, čujte, čujte me, gospođe !

Ciganin sam, krpim i kalajišem.

Skupljam stare krpe. I pjevam.

Pjevam, gospođe.

25

Écoutez-moi, Mesdames, Ecoutez ce que je peux,

Ce que je veux vous faire, Mesdames.

Dès que la langue du soleil lèche la terre

Je suis à votre disposition.

O, écoutez, écoutez, écoutez-moi, Mesdames !

Je suis Tsigane, je rebouche et rétame.

Je recueille les haillons. Et je chante.

Je chante, Mesdames.

DOULEUR,
 
   

 

Publié dans La poésie non clssée

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