Sakhti: Qui a mis en rang les gratte-ciels ? de Lana Derkač/ Recension

Publié le par Thomas Dretart

lana-tomo

 

 Qui a mis en rang les gratte-ciels ? de Lana Derkač

 

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie , Littérature => Européenne non-francophone

 

critiqué par Sahkti, le 21 août 2010 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 36 ans)

 

La note: 

Visites : 51  

Regard lucide et posé

 

Lana Derkač est née à Požega (Croatie) en 1969. A son actif, elle compte une dizaines de recueils poétiques, une pièce de théâtre, deux anthologies de poésie et des recueils de textes courts. Représentante reconnue de la littérature croate, son oeuvre a été traduite en plusieurs langues et les Editions Mode est-Ouest nous font le plaisir de ce recueil en fravçais de quelques-uns de ses poèmes.

Des textes nageant entre espoir et amertume, entre désillusion et raison de vivre. Beaucoup de force dans la plupart des textes mais aussi un regard cruel, réaliste, sur le destin qui nous guide et ce que nous faisons de nos vies.

J'apprécie particulièrement dans l'écriture de Lana Derkač sa manière de contempler nos erreurs, de les pointer du doigt, de les fustiger tout en sachant qu'elles font partie de nous. L'être humain peut être composé d'une profonde solitude, d'une tendance à se replier sur soi qui rend toute communication impossible, de faire passer pour de l'indifférence ce qui n'est en réalité que de la peur, avec toutes les conséquences que l'on imagine. Un simple geste, une attitude on ne peut plus ordinaire et voilà que sous le prisme de nos subjectivités, c'est un drame qui se joue et ouvre la porte vers des gouffres incommensurables.

Il y a également de la dureté dans le propos de Lana Derkač, une sécheresse dans l'écriture commune à beaucoup d'auteurs de l'ancienne Yougoslavie, marqués par l'effondrement de leur pays et la volonté de maintenir vivantes leurs racines.

Ajoutée à la froideur du regard posé sur nos gestes, cette dureté rend les poèmes encore plus forts et touchants, car ils nous piquent là où ça fait mal pour mieux nous ouvrir les yeux sur les erreurs à tenter de ne plus commettre.

J'ai été sensible à cette vision du monde et de l'humanité que déploie Lana Derkač à travers ses textes. De beaux poèmes.

 

 

 

Deux extraits:

 

"Transfert

La poussière d'étoiles de toutes les cartes

imaginaires, visibles le soir dans le ciel de Zagreb,

m'élève, me captive,

m'imprègne et je suis un gnome gigantesque descendu

se mêler aux voix que parfois

nous consommons par mauvais temps et alors

il semble que tous deux nous ayons des ailes d'ange.

Mon envol, pour nous, est en fait un stock pharmaceutique.

(... / page 8)"

 

 

"Prénoms

C’était un man assis depuis trente-sept

minutes dans l’autobus occupé à parcelliser

le temps. Une parcelle pour le hockey.

Une pour les associés et le bureau. Puis une

parcelle pour discuter avec les enfants

et Linda.

Et ainsi de suite.

Alors, il a imaginé que la même parcelle

pourrait porter différents noms.

Pas comme un chien.

Pas comme son animal domestique.

(... / page 31)"

 

Traduction de croate en français: Gérard Adam et Tomislav Dretar

 

 
Shakti: (Critiques Libres)


Vidovit i razborit pogled
 
 
 
Lana Derkač rođena je u Poegi (Hrvatska) godine 1969. U svojoj aktivi, ona broji desetak zbirki poezije, jedan dramski tekst, dvije pjesničke antologije,  zbirke kratkih tekstova. Priznata je predstavnica hrvatske književnosti, njeno djelo prevedeno je na više stranih jezika, a Les Editions Mode Est-Ouest nas je obdario ovom zbirkom poezije na francuskom stanovitim pjesmama.
 
Tekstovi plivaju između nade i gorčine, između deziluzije i razloga da se živi. Ima mnogo snage u velikom broju njenih pjesama, ali također i jedan nemilosrdan pogled, realističan, na sudbinu koja nas vodi kao i na ono što činimo od svojih života. U pisanju Lane Derkač ja posebice cijenim njen način promatranja naših grješaka, to što upire prstom u njih,da ih bičuje znajući da su one naš sastavni dio. Ljudsko biće može biti sastavljeno od jedne duboke samoće, tendencije da se nadvije nad sobom što čini nemogućom bilo kakvu komunikaciju, da bude uzeto kao neosjetljivost ono što nije ništa drugo nego strah, sa svim posljedicama koje se mogu zamisliti.  Jedna jednostavna gesta, držanje ne može biti običnije i evo kako pod prizmom naših subjektivnosti, to postaje drama u kojoj se igra i koja otvara  vrata neizmjerljivih ponora.
 
Jednako tako ima grubosti u govoru Lane Derkač, suhoće u pisanju zajedničke mnogim piscima iz bivše Jugoslavije, označene propašću njihove zemlje i voljom da se zadrži živima  svoje korijene.
 
Pridodana hladnoći pogleda spuštenog na naše geste ta krutost čini njene pjesme još snažnijima i osjećajnijima, jer ubadaju nas u bolna mjesta, eda bismo bolje otvorili oči pred svojim grješkama kako ih više ne bismo nastojali  ponavljati.  
 
Bila sam dirnuta tom vizijom svijeta i čovječnosti koju razvija Lana Derkač kroz svoje tekstove. Dobre pjesme.

Publié dans La poésie non clssée

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