| A 23 ans, il est rare qu'on renonce au monde. Toutefois, le salut fait désormais partie intégrante de l'horizon intellectuel du jeune savant. A souffrance également. Depuis ses 18 ans, il semble n'avoir pas eu une seule journée sans éprouver de douleurs. Maux de tête, névralgies dentaires, douleurs d'estomac, troubles digestifs, jambes glacées, paralysies temporaires, évanouissements multiples...le tableau est impressionnant. Pratiquement toute sa vie, Pascal ne se nourrit que de liquides. Il endure des insomnies, des douleurs sourdes ou stridentes, des crises répétées et peu de vraies rémissions. Malgré les thèses de médecine consacrées à son cas au fil des générations, on ne sait pas, avec certitude, de quoi il souffrait au juste. Une malformation génétique, le plus probablement, explique cette pathologie multiforme, où l'hystérie a sans doute aussi sa part. Pascal ne se plaint pas, ne se plaindra presque jamais. Au contraire, il remercie. Car dans ce petit la corps souffreteux, qui mourra d’épuisement à 39 ans et 2 mois, il voit la main de Dieu et la condition du chrétien. Quand ses maux redoublent, il rend grâce. "Je vous loue, mon Dieu, et je vous bénirai tous les jours de ma vie, de ce qu'il vous a plu me réduire dans l'incapacité de jouir des douceurs de la sante et des plaisirs du monde, et de ce que vous avez anéanti en quelque sorte, pour mon avantage, les idoles trompeuses que vous anéantirez effectivement pour la confusion des méchants, au jour de votre colère. » Cette « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies », qu'il rédige sans doute en : 1654, et qui ne fut publiée qu'après sa mort, témoigne de son total abandon à la volonté divine: «Je ne vous demande ni sante, ni maladie, ni vie, ni mort; mais que vous disposiez de ma santé et de ma maladie, de ma vie et de ma mort, pour votre gloire, pour mon salut et pout l'utilité de l'Eglise et de vos saints." Ce texte montre également combien sont ancrées on lui la détestation du corps, l'horreur de plaisir, la haine de soi, la culpabilité de jouir :" Je sens que je ne puis aimer le monde sans vous déplaire, sans me nuire et sans me déshonorer. Et néanmoins le monde est encore l'objet de mes délices." L'extrait de l'article „PASCAL“ Un génie français par Roger-Pol Droit publie dans LE POINT n°1925 |